Prospective
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LES POLITIQUES A CONTRE-PIED
A l'heure du réchauffement climatique, de la déplétion du pétrole, du réseau très développé des autoroutes et du TGV en France, des économies d’énergie, la création d'un nouvel aéroport régional fait figure de symbole du passé. Le passé nostalgique des Trente Glorieuses quand tout maire d'une grande commune voulait – standing oblige ! - sa liaison Air Inter à deux pas de la maison, et ce tous les jours !
Depuis, les temps ont bien changé. La crise économique a de plus bien ralenti l'accroissement du transport aérien qui n'atteint plus les habituels 5% de croissance. Avec un prix du pétrole qui va forcément connaître de fortes ondulations (vers le haut…) dans les années à venir, le transport aérien sur courtes distances est condamné à terme.
Alors que certaines municipalités souhaitent fermer l'aérodrome secondaire qui existe depuis des décennies - dont elles ont repris la propriété, un peu forcées par le désengagement de l'Etat - parce que l'entretien de quelques installations et d'une piste, parfois en herbe, leur parait trop excessif (le gouffre financier de la piscine municipale leur semble par contre normal !), d'autres municipalités font l'erreur de vouloir créer ex-nihilo non pas un aérodrome secondaire mais un aéroport digne de recevoir du trafic international !
Même le projet de troisième aéroport parisien, envisagé en Beauce pour soit-disant épauler Orly et Roissy, a été renvoyé dans les tiroirs de l’histoire…
Deux aéroports régionaux font ainsi l'actualité de nos jours… Le premier est encore à l’étude, pour une implantation envisagée à Notre-Dame des Landes. La première idée remonte à 1965 mais le projet s'est accéléré depuis 2000, avec la fausse idée de l'engorgement de l'aéroport de Nantes-Atlantique. Mais c'était sans compter avec le développement du TGV Atlantique, du renchérissement du pétrole, des problèmes d'environnement, de la nécessité de ne pas condamner des hectares de terres agricoles sans compter que le trafic de Nantes Atlantique est loin d'atteindre ses limites même si l'aéroport s'avère trop proche de la ville. Mais certaines s’entêtent, en faisant miroiter du béton, des emplois, de l’activité économique…
Il est de même à Brive. Le projet d'aéroport de Brive-Souillac a vu le jour en 1988. mais il a fallu attendre fin 2000 pour que le Conseil général de la Corrèze s'engage à hauteur de 6 millions d'euros. En 2001, le Conseil général du Limousin apporte 4,6 millions d'euros. Un an plus tard, la communauté d'agglomération de Brive participe à hauteur de 7 millions d'euros. Fin 2002, le Conseil général Midi-Pyrénées concède 1,5 million d'euros. Novembre 2003, le budget est enfin bouclé avec des… aides européennes. Encore deux ans pour démarrer les travaux et la mise en service est prévue en juin prochain, 22 ans plus tard.
Si l'ancien terrain de Brive-La Gaillarde, jugé encore une fois trop près de la ville, a été vendu pour 19 millions d'euros, le budget du nouvel aéroport est annoncé à 49 millions d'euros ! Pour quel trafic ? La question mérite d'être posée. Celui de l'aéro-club de Brive, délocalisé de La Gaillarde à Souillac, mais de telles installations étaient-elles vraiment nécessaires pour quelques avions légers ? Quant à l’aviation d’affaires ou commerciale, on demande à voir…
Le contribuable risque donc une fois de plus de participer aux coûts de fonctionnement d'un aéroport inutile avant d’être opérationnel, voulu par le pouvoir politique, via des subventions de conseils généraux destinées à appâter une compagnie aérienne - généralement de type low-cost - pour créer une desserte occasionnelle. Le trafic aérien sur courte distance n'ayant aucun sens économique, il faut croire sinon au miracle d'une ligne internationale mais l'on sait qu'une bonne partie des propriétaires britanniques dans la région sont déjà repartis outre-Manche suite à la crise et à la valeur de la livre Sterling…
Vous l’avez lu sur www.pilotermag.com
En photo, Brive-Souillac en travaux à l’été… 2008.
vendredi 12 mars 2010